Présentation

Bienvenue sur Le loup et le phoque, un blog pour les amateurs de littératures humoristiques, dadaïstes, absurdes, surréalistes, loufoques, quoi!

Vous y trouverez :

  • des évocations d’auteurs à découvrir (et à lire sans modération ou ALSM);
  • des textes s’ils sont libres de droit;
  • un appel permanent à textes, si vous vous sentez l’âme d’un Vialatte, d’un Saki, d’un André Frédérique
  • et plein d’autres choses, au fil du temps…

Joyeuse lecture!

Marie Roland

Le moine et le U boot, une fable de Pierre Lieutaud

C’était il y a bien longtemps…. Si vous allez là-bas aujourd’hui, vous ne verrez sur les rochers au bord de  l’océan que pans de murs éboulés envahis de chênes et de ronces…Là, face au soleil couchant, les moines de la Confrérie des Croyants de la mer avaient construit une église. Une église avec trois petits clochers et à coté un couvent posé sur les rochers. Les poissons des grands fonds, les anguilles, les cœlacanthes et les murènes tigrées venaient se bercer à ses pieds dans la houle d’Espagne. Du soir au matin, les moines récitaient leurs prières :

– Dieu est immensité, la mer aussi, Dieu nourrit les hommes, la mer aussi, la colère de Dieu est grande comme la mer, sa douceur est infinie comme la mer, Dieu pardonne aux hommes, la mer pardonne aux marins, le souffle de Dieu et celui de la mer enveloppent les hommes, amen…

Les cloches de l’église sonnaient les heures du jour et de la nuit, les moines priaient à la gloire du Très Haut, piochaient dans les jardins, riaient dans les allées. C’était la belle vie au bord de l’eau.

Un matin de printemps, un moine était assis sur les rochers. Tout à coup, il voit sur la mer un petit jet d’eau et il entend un bruit, comme un essoufflement fatigué et hop, un morceau gris et rond sort de l’eau. Une baleine, sûrement, et il fait trois signes de croix. Une baleine, c’est le signe que quelque chose de pas ordinaire va arriver……La baleine enfle de plus en plus, son dos est une longue arête qui crache de petits filets d’eau. Le moine a les yeux écarquillés, maintenant, la chose ne bouge plus, c’est un grand poisson avec des fils tendus de la bouche à la queue, un grand poisson qui flotte devant les rochers et le moine regarde le milieu de la chose parce que justement au milieu, quelque chose bouge, une sorte de couvercle grince et se replie sur le dos du poisson. Par le trou, il voit une tête, un cou et puis un homme entier qui sort et marche sur le dos du poisson. C’est le Diable, c’est sûr, il est habillé de bleu et il a un chapeau avec un ruban noir qui flotte au vent, mais c’est le Diable, c’est sûr….Maintenant, il s’étire au soleil comme un beau Diable. Le moine jette trois fois une poignée de terre dans l’eau comme on le fait quand on tombe nez a nez avec le Diable. Le Diable est toujours là et il s’adresse a lui :

– Ohé, l’homme ! Où y-a-t-il de l’eau ?

Celui qui répond au Diable devient son suppôt. Pour l’éloigner, il faut lui dire : Tu es Diable, que le vent t’emporte. Et le moine répète trois fois cette phrase, en criant aussi fort qu’il peut. Le Diable tend l’oreille et demande encore :

– Ohé, l’homme ! Où y-a-t-il de l’eau ?

-Tu es Diable… Que le vent t’emporte ! répète le moine.

Le Diable hésite un moment, hausse les épaules, il rentre par son trou et ferme le couvercle. Une trappe s’est ouverte sur le dos du poisson, un canon est sorti et a tiré… Le clocher tombe dans l’eau qui vient d’Espagne, les murs de l’église tremblent et s’effondrent, les moines écrabouillés disparaissent dans la poussière et les cailloux. Le soir, le poisson et le Diable se sont enfoncés dans la mer.

Le lendemain, les gens des villages sont arrivés. Du calme, avait dit l’évêque, du calme les enfants, on attend que la situation se décante un peu et on ira demain. Il trônait sur sa mule au milieu des ruines et il a déclaré, deux points ouvrez les guillemets :

– la colère de Dieu est grande comme la mer, Dieu punit les hommes comme le fait la mer. Remercions le Seigneur et prions pour nos frères qui sont aujourd’hui dans sa splendeur éternelle, Amen.

Dans le U boot, ils n’avaient jamais vu ça. Des gens pareils, ça court pas les océans, a dit le Capitaine…

Une facétie épistolaire de Laure Pelbois, réellement envoyée à un éditeur

Lettre à un éditeur prestigieux

Ernesto DAN PEORGOGLIU

17 rue Dunois

75 013  Paris

Bien cher Monsieur Gallimard,

Permettez-moi de vous faire l’honneur de vous présenter prochainement le tapuscrit de mon premier roman. Votre maison d’édition le vaut bien et je serai fier d’enrichir votre catalogue déjà opulent de mille et un joyaux de cette perle rare. Car il s’agit d’un chef-d’œuvre ! Mon roman fera un tabac, soyez-en certain, et renflouera avantageusement votre tiroir-caisse.

Son sujet est à la fois délicieusement décalé et en plein dans le mille de la mode : cet apparent paradoxe trouve sa résolution dans le cœur même du sujet abordé, aussi contemporain qu’intemporel, aussi original que consensuel : l’Amour extra-terrestre !

Mon roman s’inscrit dans le sillage de la French Heroic Fantasy néo-réaliste des années 1980 mâtinée de Science-Fiction dans la veine méta-psychanalytique et para-réflexive un brin capillotractée en vogue dans les années 2000. Le tout dans une ambiance spicy-sexy où le charnel le dispute au cérébral tant en intensité qu’en surface d’extension.

Le lecteur et la lectrice sont invités à se laisser emporter dans l’espace intergalactique où des gnomes séduisants courtisent des bergères-robots dont l’apesanteur ambiante dévoile les insolents porte-jarretelles électroniques sous des jupes à fanfreluches flottantes tandis que des centaures aussi libidineux que velus copulent furieusement dans la quatrième dimension avec d’innocentes licornes dont la grâce n’a d’égale que la naïveté, pendant que de fringants griffons en costard  roulent des pelles sauvages à des sirènes à talons aiguilles fougueusement consentantes. Le cœur du lecteur ou de la lectrice battra la chamade à chaque pâmoison d’hippogriffe transgenre et sa vision de l’amour sera sublimée par des modèles avec lesquels il pourra sans peine s’identifier en dépit de leur décoiffante altérité.

Il va sans dire que le message subliminal qui se dégage de toute l’œuvre pour l’édification du lecteur est un message de Paix !

Espérant vous avoir mis l’eau à la bouche et avoir suscité en vous l’irrépressible désir de me publier sur-le-champ, je vous invite à m’envoyer une grande enveloppe à soufflet dûment affranchie au tarif lettre express, afin que je puisse vous poster mon tapuscrit de 983 pages sans plus attendre. A moins que vous ne souhaitiez que je vous envoie le tout par télégramme pour plus de rapidité !

J’espère que vous me proposerez sans tarder un rendez-vous pour signer le contrat éditorial et que l’à-valoir sera rondelet, à la hauteur des droits d’auteur qu’on peut d’ores et déjà escompter fort replets.

Dans l’espérance d’une réponse aussi prompte qu’enthousiaste de votre part, je vous prie de bien vouloir admettre l’expression de mes salutations distinguées !!!!!

Ernesto DAN PEORGOGLIU

 

Une nouvelle de Natalia Vikhalevsky

 Ingénierie cérébrale

 

Je me retrouve dans son bureau. Pour être plus précis, je suis debout devant sa table. Le chef du personnel administratif ne m’a pas invité à m’asseoir confortablement. À vrai dire, ce qu’il souhaite le plus, c’est de me voir projeté le plus loin possible du secrétariat.

À présent, il fait mine de ne pas m’apercevoir et d’être entièrement plongé dans ses papiers qu’il transfère furieusement d’une pile à une autre. Sa secrétaire a essayé de me bloquer le passage en répétant que le directeur refuse de me recevoir, mais j’ai glissé sur sa table un grand bouquet d’arums qui dégagent une odeur particulièrement nauséabonde, après quoi elle s’est mise à éternuer et s’est réfugiée aux toilettes.

— Le système qui établit l’horaire des étudiants m’a inscrit au cours de coréen avancé ! Vous ne l’avez même pas à l’école ! On enseigne cette langue dans un édifice qui se situe au diable Vauvert, à l’autre bout de la ville !

Sur ces mots, je dirige un flux d’énergie mentale vers lui. Apparemment, je ne maitrise pas encore toutes les méthodes de maniement des pensées, car, au lieu d’admettre que mes arguments sont raisonnables, il grogne :

— Notre système informatique ne se trompe jamais. Il est beaucoup mieux programmé que celui que possèdent d’autres écoles !

— Comment ça ? Vous m’avez offert un horaire atypique où la moitié des cours tombent sur le weekend et où il y a des intervalles de cinq heures entre les autres leçons ! De plus, certaines d’entre elles commencent à une heure du matin ! Pour préparer un horaire plus ou moins normal, j’ai dû effectuer trois changements payants ! Cependant, la maudite informatique refuse d’effacer le cours de coréen avancé, malgré le fait que je n’ai jamais vu leur alphabet !

— Voyons, c’est impossible !

Je sors de ma poche une feuille froissée et la fourre sous son nez. Le directeur jette un coup d’œil sur mon horaire et esquisse une grimace :

— Cela veut dire que vous ne l’avez pas fait à temps.

— Je me suis levé à cinq heures du matin afin d’être parmi les premiers !

Il plisse les yeux :

— Vous avez de bonnes notes, vous allez réussir, j’en suis sûr.

— Mais je ne connais pas le coréen !

— Vous vous trompez, jeune homme.

Comme un magicien, il retire de l’air un document qui proclame ma bonne connaissance de la langue.

— Voilà, tout est écrit noir sur blanc.

J’avoue qu’il m’a pris au dépourvu. Ai-je suivi ce cours auparavant ? Est-il possible que j’aie réellement des trous de mémoire ? L’air triomphateur, le chef sort du bureau. Mais ce n’est pas pour rien que j’étudie l’ingénierie cérébrale. Je réussis à établir une connexion entre ses neurones et les rayons émeraude qui, jaillissant dans l’air, indiquent le mensonge.

Demain, je tâcherai encore une fois de lui démontrer que la couleur blanche est… blanche.

Natalia Vikhalevsky

https://www.facebook.com/natalia.vi.3154

 

 

 

Un autre texte de Livia Leri

De guingois

 

Monsieur Gérard se gratte le menton broussailleux sous le visage ocre, et jette un regard oblique par-dessus la haie taillée aux ciseaux à ongles. Décidément, ce Monsieur Yves a la main verte. Chez les voisins, tout est parfait, de toute façon. Massifs aux camaïeux de roses ponctués de blanc. Pelouse vert émeraude lisse. Rires de soie des enfants courant après le chien joyeux. Du barbecue s’élève l’odeur irréprochable des côtelettes cuites à point. Un rayon de soleil tombe juste au centre de la table. La bouteille attend d’être bue. Le bonheur est fluide comme la robe légère de Madame Mariette. Chaque chose est insupportablement à sa place. La perfection, c’est exaspérant.

 

À côté, le pavillon de Monsieur Gérard paraît tout de guingois. Pagaille de bêches et de sabots devant la porte d’entrée, taillée pour un lutin. Madame Mariette hésite à s’approcher. Ça sent le sous-bois et la vie de vieux garçon. Elle frappe et tend la clé : « Nous vous confions la maison pour une semaine. J’espère qu’il n’y aura pas de problème. »Il n’y a jamais de problèmes chez les Dubois. Jamais de chaudière qui lâche, de plante qui crève, de chat qui pisse sur le tapis. Le bonheur, c’est dégoûtant.

 

Quand il rentre de voyage, Monsieur Yves n’aime rien comme s’allonger sur le canapé. Le bon repos satisfait. Mais ce soir, il gîte. Les gravures au mur sont de guingois. Les rideaux du salon sont bordés comme une grand-voile au vent de près. La baie vitrée baille face au jardin. Dans la salle à manger, les chaises, pieds sur la table, conciliabulent. La pendule de la cuisine reprend sa course, à rebours. Le frigidaire caresse le visage de la mère de famille de son souffle chaud. Du bac à légumes, la laitue pousse ses feuilles d’arbre tropical. Dans le four, le poulet est déjà tout congelé. Les gosses jouent à cochon pendu dans l’escalier rose tapageur. Ça se chamaille et ça glapit. Mariette s’affale en sanglots dans les bras de son époux. Le visage ocre du présentateur du 20 heures leur jette un regard oblique, et ricane dans son menton broussailleux : « Toujours heureux ? ».

Livia Léri

https://livialeri.wixsite.com/website

Un texte inédit de Livia Léri

Libération

On t’avait dit Femme, tu ne feras plus la vaisselle, ton mari s’y collera. Et ton mari se colle systématiquement devant la télé une fois la dernière bouchée avalée.

On t’avait dit Femme, tu ne laveras plus le linge, une machine le lavera pour toi, et aujourd’hui je te vois sous l’évier, une clé à molette à la main, à t’énerver contre l’arrivée d’eau qui fuit. Ton mari s’est fait la malle avec la voisine.

On t’avait dit Femme, tu feras des études, tu t’instruiras, pour ta libération. Tu as obtenu un master d’histoire de l’art, et tu es bénéficiaire du RSA.

On t’avait dit Femme, posséder une maison, un jardin et un paillasson, c’est un bonheur petit bourgeois. Aujourd’hui, tu ne supportes plus les types louches qui trainent dans la cage d’escalier de ton HLM.

On t’avait dit Femme, tu choisiras le moment où tu auras tes enfants. Aujourd’hui, tu as 45 ans, pas d’enfant et ton mari s’est définitivement barré avec la voisine.

On t’avait dit Femme, tu pourras disposer de ton corps comme tu l’entends. Mouais, forcément, y’ a plus grand monde d’autre qui en dispose.

On t’avait dit Femme, on te promet de beaux lendemains. Ils se font sacrément attendre, tu ne trouves pas ?

Livia Léri

Son site: https://livialeri.wixsite.com/website

Plume

« Dans un stupide moment de distraction, Plume marcha les pieds au plafond, au lieu de les garder à terre.

Hélas, quand il s’en aperçut, il était trop tard. »

Le monde de Plume est ainsi: il s’y passe en permanence des choses dignes d’un dessin animé de Tex Avery (même si là on songe aussi à la fameuse scène de danse au plafond de Singing in the rain). Et pourtant, Plume – alias Henri Michaux – cherche obstinément à trouver une logique, ou en étant plus ambitieux, un sens, à tout ce qui lui arrive.

C’est toute notre vie, au fond. Mais en plus drôle et mieux écrit.

Faites l’expérience de lire une fois par jour, le soir, une des (très courtes) aventures de Plume. Et vérifiez bien ensuite que la clé de vos songes est bien verrouillée. Sinon, je ne réponds pas de votre nuit.

 

 

ALSM 4: Saki

Un nom qui sonne comme celui d’un caricaturiste ou d’un bédéiste d’aujourd’hui, est en réalité celui, plutôt inattendu, d’un nouvelliste anglais mort il y a cent ans, piégé au fond d’un trou d’obus et priant son voisin d’éteindre sa cigarette. On pourrait imaginer un sketch de mauvais goût, type hara-kiri, évoquant le tournage d’une publicité contre la consommation de tabac.

Un tabac, Saki – Hector Hugh Munroe – en a fait un tout récemment dans mon petit panthéon littéraire personnel. Sa lecture, sans modération, est vivement recommandée comme antidote à la fois contre la bêtise et la morosité.

Nouvelliste, et romancier. On recommande de lire d’abord son roman, L’insupportable Bassington, qui dans ma mémoire fait écho avec un autre insupportable, le William Brown de Richmal Crompton. Moi, j’ai plongé directement dans ses nouvelles (Editions selected by Graham Green, himself).

Marie Roland

ALSM 3: André Frédérique

A lire sans modération

André Frédérique, découvert à l’écoute des Papous dans la tête sur France Culture, est entré dans ma vie un début de dimanche après-midi, sans doute pluvieux:

Il n’en est pas ressorti, parce que j’avais emprisonné son petit texte dans une chose que l’on ne voit plus guère que dans les musées.

Il s’agit de ces petites cassettes à bande magnétique, que l’on mettait naguère dans un magnétophone ou une chaîne hi-fi.  Réécouter en boucle ce texte m’a permis de le garder en mémoire, jusqu’à ce que je lise Histoires blanches, dont il était extrait. Vous trouverez cet ouvrage, le plus connu sans doute du « pharmacien comique », ou « le plus intermittent du monde », dans toute bonne bibliothèque (fuyez-la sinon).

« J’ai bien du mal à rester chez mon père », allez, vous ne le regretterez pas !

Marie Roland

Appel permanent à textes

Le loup et le phoque lance un appel à textes dans la « veine » – par exemple – des auteurs évoqués sur le site.

Envoyez vos petits textes humoristiques, pourvu qu’ils soient inédits, bien de votre plume, dépourvu de toute haine à l’égard de quiconque, et surtout pas raciste, sexiste, homophobe; respectant l’orthographe et la syntaxe. Une pincée de loufoquerie, ou même trois.

Les textes sélectionnés seront publiés sur le site, gratuitement de part et d’autre.

Pas de date limite!

A vos claviers (word 12 et 5000 caractères maximum)