Présentation

Bienvenue sur Le loup et le phoque, un blog pour les amateurs de littératures humoristiques, dadaïstes, absurdes, surréalistes, loufoques, quoi!

Vous y trouverez :

  • des évocations d’auteurs à découvrir (et à lire sans modération ou ALSM);
  • des textes s’ils sont libres de droit;
  • un appel permanent à textes, si vous vous sentez l’âme d’un Vialatte, d’un Saki, d’un André Frédérique
  • et plein d’autres choses, au fil du temps…

Joyeuse lecture!

MArie Roland

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ALSM 4: Saki

Un nom qui sonne comme celui d’un caricaturiste ou d’un bédéiste d’aujourd’hui, est en réalité celui, plutôt inattendu, d’un nouvelliste anglais mort il y a cent ans, piégé au fond d’un trou d’obus et priant son voisin d’éteindre sa cigarette. On pourrait imaginer un sketch de mauvais goût, type hara-kiri, évoquant le tournage d’une publicité contre la consommation de tabac.

Un tabac, Saki – Hector Hugh Munroe – en a fait un tout récemment dans mon petit panthéon littéraire personnel. Sa lecture, sans modération, est vivement recommandée comme antidote à la fois contre la bêtise et la morosité.

Nouvelliste, et romancier. On recommande de lire d’abord son roman, L’insupportable Bassington, qui dans ma mémoire fait écho avec un autre insupportable, le William Brown de Richmal Crompton. Moi, j’ai plongé directement dans ses nouvelles (Editions selected by Graham Green, himself).

Marie Roland

ALSM 3: André Frédérique

A lire sans modération

André Frédérique, découvert à l’écoute des Papous dans la tête sur France Culture, est entré dans ma vie un début de dimanche après-midi, sans doute pluvieux:

Il n’en est pas ressorti, parce que j’avais emprisonné son petit texte dans une chose que l’on ne voit plus guère que dans les musées.

Il s’agit de ces petites cassettes à bande magnétique, que l’on mettait naguère dans un magnétophone ou une chaîne hi-fi.  Réécouter en boucle ce texte m’a permis de le garder en mémoire, jusqu’à ce que je lise Histoires blanches, dont il était extrait. Vous trouverez cet ouvrage, le plus connu sans doute du « pharmacien comique », ou « le plus intermittent du monde », dans toute bonne bibliothèque (fuyez-la sinon).

« J’ai bien du mal à rester chez mon père », allez, vous ne le regretterez pas !

Marie Roland

Appel permanent à textes

Le loup et le phoque lance un appel à textes dans la « veine » – par exemple – des auteurs évoqués sur le site.

Envoyez vos petits textes humoristiques, pourvu qu’ils soient inédits, bien de votre plume, dépourvu de toute haine à l’égard de quiconque, et surtout pas raciste, sexiste, homophobe; respectant l’orthographe et la syntaxe. Une pincée de loufoquerie, ou même trois.

Les textes sélectionnés seront publiés sur le site, gratuitement de part et d’autre.

Pas de date limite!

A vos claviers (word 12 et 5000 caractères maximum)

ALSM 2 : Jaime Montestrela

Opposant politique à Salazar, oulipien portugais, Jaime Montestrela a écrit des « contes liquides » (contos aquosos), qu’Hervé Le Tellier, écrivain bien connu en particulier des amateurs de l’émission des Papous dans la tête (France culture), a publié en 2012 aux Editions de l’Attente (avec une préface de Jacques Vallet, autre Papou).

Pourquoi des contes liquides ? S’agit-il de contes sans consistances, qui filent entre les doigts de la mémoire avec la fraîcheur d’un ruisseau vosgien ? Ou bien des contes pour lesquels on ne risquerait pas de sortir sa carte bancaire, des contes à deux balles (le volume coûte tout de même 12 euros, avec une image) ?

En tout cas, Hervé le Tellier a réussi l’exploit de traduire ce posthume florilège  (il ne s’agit en effet que d’une partie d’un ensemble de TCT – très courts textes -, produit par le prolixe et voyageur Jaime), alors que…mais chut…lisez d’abord ces délicieuses fantaisies et seulement après – à mon goût – la quatrième de couverture !

Marie Roland

Pris au mot

C’était pendant les vacances. Une famille dînait au restaurant, quand sa table se retrouva soudain au milieu d’un pré. Il y eut un temps de silence. L’on entendit une vache meugler dans le lointain. Le ciel était d’azur.

 -A quoi as-tu joué cet après-midi avec ton copain Antoine ? demanda le père.

-A rien, répondit le garçon en regardant fixement son veau « à la saltimbocca ». Mais il comprit que personne ne le croirait.  

On lui avait toujours dit qu’un QI exceptionnel était une des plus grandes chances qui se puisse imaginer. Forts de cette affirmation constante, son copain et lui en avaient multiplié les usages, au prix de quelques déboires. En particulier, la fabrication d’une voiture capable d’évoluer dans toutes les directions, de se garer par-dessus les autres, mais ressemblant de manière extrême à une araignée géante, avait provoqué un certain émoi dans la ville.

Depuis longtemps, la matière les fascinait. Si eux-mêmes, qui en faisaient partie, étaient doués d’une telle intelligence, pourquoi tout ce qui nous entourait serait-il incapable de comprendre des mots simples, et de les mettre en pratique ? Les multitudes d’atomes qui composaient les choses n’avaient-elles vocation qu’à tourner sur elles-mêmes, dans une danse de Saint-Guy aussi effrénée qu’inutile ?  Peut-être n’attendaient-elles que nos instructions avisées ?

Telle était leur hypothèse. La fabrication du liquide de décomposition avait pris un peu de temps : séparer les atomes, puis tenter, grâce à un réactif puissant d’isoler ceux qui, d’après leurs calculs, étaient les plus intelligents, avait été l’affaire de deux bons mois. Mais les premières expériences s’étaient avérées encourageantes, et un vieux fauteuil qui traînait dans un grenier avait paru soudain ragaillardi par quelques compliments. Un cheval à bascule à qui ils avaient conseillé de prendre un peu d’air avait quitté le grenier et s’était retrouvé dans le parc voisin, jouissant pour la première fois du soleil. Les végétaux ne semblaient pas en reste : un mot unique – fleurir – avait sauvé in extremis une plante que les parents s’apprêtaient à jeter, et ils étaient restés longuement émerveillés devant les pétales orangés.  Ils ne s’étaient permis qu’une farce : une discussion entre deux  conseillers de notre petite ville, lors de laquelle l’un accusa l’autre de raisonner comme un enfant de cinq ans, s’acheva par le rajeunissement immédiat du malheureux interlocuteur.

A vrai dire, ce n’était pas sans trembler qu’ils poursuivaient leurs expériences. L’attente d’une catastrophe ou d’une autre n’a jamais empêché la majeure partie des gens de vivre et d’inventer: sinon, Dieu lui-même n’aurait rien créé. Au départ, tout était promesse, et ne demandait sans doute qu’à le rester.

 Dans leur idée, seuls devaient avoir un effet les mots qui résonnent vivement dans le cœur, parce qu’ils nous offrent une réponse ou une consolation, voire un petit rêve. Au cours d’une leçon d’histoire, par exemple, il était très agréable de se voir transporter au Moyen-Âge, ce qui permettait du reste de vérifier quelques points, comme celui des flèches enflammées par les assaillants d’un château. Mais au fil des événements – et le cas de l’enfant de cinq ans n’en fut qu’une illustration pour ainsi dire extrême -, l’impact se fit plus aléatoire, parfois par simple association. C’est pourquoi, la commande d’un plat de veau suscita l’idée d’un pré (se reporter svp au commencement de ce récit). Notons qu’en Angleterre les choses se fussent passées différemment dans ce cas précis, puisque le veau que l’on mange et celui qui broute l’herbe ne sont pas désignés par le même mot. C’est dire les défauts de cette prétendue intelligence.

Mais ce fut loin d’être tout. Quelqu’un qui avait dit qu’il tombait des nues faillit se faire très mal. Il ne dut son salut qu’au fait qu’à la même minute, on lisait dans une église une histoire d’anges empêchant quelqu’un, venant également des hauteurs, de heurter avec son pied les rochers d’une vallée aride.

Le temps avait passé, et nous étions déjà en train de contempler l’autre versant de notre vie, et de notre découverte. Des dirigeants et chefs d’Etat réunis au sommet se retrouvèrent en haut du Mont Blanc. Un candidat d’un pays, appelant à la pureté de la race, fut écouté au point d’arriver au pouvoir. Mais je crois bien que notre invention n’y avait pas été, cette fois, pour grand-chose.

A la fin, personne, hormis les bavards invétérés, les psittacidés, les gens de commerce et les hommes politiques,  n’osa plus rien dire. C’est ainsi que naquit la civilisation du silence.

Marie Roland (17 juillet 2018)

ALSM 1: Alexandre Vialatte

A écouter (encore disponible sur France culture, chercher « Encore mieux »): Le secret de janvier d’Alexandre Vialatte, une extraordinaire loufoquerie poético-moqueuse sur les prix littéraires, les critiques, les réceptions….mais pas que: mamans, écoutez aussi La fête des mères et ses monstrueux cadeaux (vous adorerez les vôtres); et bien d’autres choses. On trouve le texte dans la partie consultable de Résumons-nous sur google livres.

Vialatte a parfois l’air d’un Pierre Dac amaigri, avec un regard noir et lourd; parfois d’un professeur de philosophie, mais regardez le aussi sourire sur la couverture de Résumons-nous. Et n’oubliez pas d’écouter son éloge du catalogue Manufrance (perso ma lecture préférée de l’année 1975) dans l’émission L’invité du dimanche du 16 février 1969 (INA archives).

Marie Roland